now loading

Lisa Ricciotti, photographe. Pour l’amour du béton et de l’acier

by Maude Cavat
11 mai 2020

L’originalité de Lisa Ricciotti réside dans le fait d’une part qu’elle est l’une des rares femmes à faire des photos de chantiers et d’autre part qu’elle donne à ses photos une intensité particulière. Elle répond volontiers à nos questions

Pourquoi avoir décidé de faire de la photographie de chantier principalement ?

Avant de la photo de chantier je travaillais pour la communication, j’avais un studio photo et je faisais des photos pour plusieurs entreprises. Je suis d’une famille de bâtisseurs, et un jour j’ai eu la chance d’arriver sur le chantier du Mucem et ça a été pour moi un très gros coup de cœur, cela m’a tout de suite parlé. Au-delà de toutes les explications, il y a le sang qui parle aussi. J’ai toujours été attirée par les chantiers et l’architecture sans pour autant en faire mon métier, mais ce chantier m’a donné des frissons, et j’ai laissé tomber tout le reste. Ça a été une grande émotion la première fois, la deuxième et c’est toujours le cas.

J’ai toujours été attirée par les chantiers et l’architecture sans pour autant en faire mon métier,vitae mais ce chantier m’a donné des frissons.

Qu’est-ce qui vous plait réellement dans la photographie de chantier ?

Plusieurs choses, tout d’abord c’est très graphique un chantier, évidemment il y a des lignes partout, il y a de la matière brute, il y a des personnages. Je suis fascinée par les métiers manuels et créatifs à la fois. Je retrouve sur les chantiers le plaisir que j’avais étant enfant quand je jouais sur des terrains vagues, ce plaisir de fouiller, de voir quelque chose qui n’est pas terminé.

Effectivement Lisa Ricciotti s’attache réellement à la mise en perspective des lignes droites des bâtiments, de la ligne d’horizon, des lignes divergentes ou convergentes qui emmènent le regard du spectateur vers le point désiré par l’artiste. Elle réussit par son talent à rendre majestueuse une structure bétonnée ou métallique qui n’a pas de beauté particulière et n’aurait pas forcément attiré le regard. Tout se passe dans la relation entre la forme du matériau brut, la ligne du ciel ou le point de fuite. L’artiste joue intensément avec les jeux d’ombres et de lumières sublimant ainsi le trait de l’architecte.

Rencontrez-vous des difficultés et des problèmes en faisant ce genre de photographie ?

Non pas plus qu’ailleurs, ce n’est pas plus compliqué parce que c’est le chantier. Je dirais presque que c’est plus simple car j’ai vraiment quartier libre sur les commandes, j’ai un brief très souple sur ce que veulent mes clients, les entreprises de construction. Mon brief c’est de montrer le côté professionnel, beau et esthétique du chantier même si parfois c’est compliqué. Je fais vraiment ce que je veux, je me permets de jouer avec le noir et blanc, contraste ou sans contraste, avec des détails ou une vue d’ensemble, c’est comme bon me semble. La contrainte est minime.

Cependant Lisa Ricciotti utilise parfois la couleur pour valoriser certains détails. Toutes les photos donnent une impression d’espace, et malgré le caractère brut des matériaux photographiés, une sensation de force, de liberté et de sérénité.

Quand elle photographie des structures en courbe elle donne l’impression de rubans flottants au vent. Très rarement, un ou deux personnages apparaissent pour nous faire prendre conscience que c’est l’humain qui est au centre de la conception et de la réalisation de ces belles structures